Youssef Chahine est décédé hier martin au Caire des suites d'une hémorragie cérébrale. Ses funérailles ont lieu aujourd’hui dans une église du centre de la capitale egyptienne. Le cinéaste sera enterré dans le caveau familial à Alexandrie. Parcours d’un symbole de “l'école du cinéma égyptien”.
Né le 25 janvier 1926 dans l'Alexandrie cosmopolite, Youssef Chahine a pris l'Egypte comme toile de fond sur laquelle il n'a cessé, en une quarantaine de films, d'imprimer sa mémoire et ses idées de gauche et anti-islamistes.
Reconnaissance mondiale
Plus célébré à l'étranger qu'il ne l'était dans son pays, Youssef Chahine avait obtenu en 1997 le Prix du cinquantième anniversaire du Festival de Cannes pour l'ensemble de son œuvre, après un Ours d'argent au Festival de Berlin.
“C'était l'un des cinéastes les plus importants du monde, et pas seulement du monde arabe”, affirme l'un des acteurs égyptiens les plus connus, Nour el-Chérif.
Eduqué en français et en anglais, il part étudier à 21 ans le cinéma à Pasadena, en Californie, et reviendra sur son destin dans un cinéma égyptien alors phare du monde arabe, ce qu'il n'est plus.
“Il voulait être acteur, mais s'est aperçu qu'il bégayait un peu et n'était pas si beau, alors il s'est dit: je vais jouer à travers d'autres“, raconte l'un de ses “autres”, Omar Charif, star mondiale découverte par Youssef Chahine.
Défenseur de la liberté
Pauvreté, combat ouvrier et lutte d'indépendance, il s'empare de tout le registre du cinéma engagé des années 50-60 pour faire passer des messages politiques dans le genre du mélodrame néo-réaliste.
Quelques titres se distinguent, comme Eaux noires (1956), avec Omar Charif, Gare centrale (1958), où il interprète un mendiant, et La Terre (1969), chef-d'oeuvre poétique et politique consacré au monde paysan.
Sans renoncer aux sagas politiques, Chahine se lance dans le roman filmé de sa jeunesse avec Alexandrie, pourquoi ? (1978, Prix spécial du jury à Berlin l'année suivante), La mémoire (1982), Alexandrie encore et toujours (1989), qui formeront sa trilogie autobiographique.
Alors que l'islamisme se répand, Youssef Chahine s'insurge, lui qui connut dans son enfance une Egypte tolérante, multi-ethnique, où les chrétiens, comme lui, et les juifs vivaient en harmonie avec les musulmans.
L'émigré (1994), inspiré de la vie du patriarche biblique Joseph, et Le destin (1997), de celle du philosophe arabe Averroès, lui valent la colère et la censure des intégristes égyptiens. Survient le 11 septembre 2001, qui inspira à Chahine un court-métrage controversé, dans un film collectif, suivi en 2004 d'un autre film pour dire, son désamour de l'Amérique.
A Paris, le Président Nicolas Sarkozy lui a immédiatement rendu hommage, saluant “un fervent défenseur de la liberté d'expression et plus largement des libertés individuelles et collectives”.
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